Interview de Jérôme Cohen




Bonjour Jérôme, comment définiriez-vous l'intelligence collective ?

Je la définirais comme la capacité de rassembler des intelligences, des expertises, des expériences et des sensibilités diverses pour faire émerger des idées ou des solutions que chacun des acteurs ne seraient pas en mesure de trouver seul. Elle permet aussi à un groupe et à chacun de ses individus de s’approprier une problématique pour ensuite faciliter l’application des solutions.

L’intelligence collective se fonde sur des principes et des formats qui donnent un cadre au processus créatif. Si elle se nourrit de la diversité des participants, il convient que chacun d’entre eux connaisse suffisamment le sujet traité pour être en mesure d’apporter une plus-value.



Sur quels principes s’appuie-t-elle ?

L’intelligence collective repose sur la confiance que le donneur d’ordre ainsi que l'ensemble des participants portent à l’autre et au groupe. Elle s’appuie aussi sur l’écoute, active, car il s'agit d'un processus itératif d’enrichissement et de co-création.

Je rajouterais aussi la patience, car il faut accepter de la mise à niveau du groupe, les premières étapes d’appropriation qui précèdent les étapes d’émergences.



Le processus du Grand Défi s'appuie sur une démarche d'intelligence collective et écosystémique. Pourquoi avoir choisi cette approche ?

Oui nous avons placé l’intelligence collective et l’approche participative au cœur du processus du Grand Défi. C’est ce qui lui confère, je crois, sa pertinence et sa robustesse. Il y a plusieurs raisons à ce choix.

Notre ambition est de faire émerger des propositions partagées par un maximum d’acteurs de l’économie, qu’ils auront ensuite la mission de porter collectivement, il nous fallait donc constituer un écosystème d’acteurs représentatifs de la diversité du monde économique, pour gagner en légitimité et en pertinence et, bien sûr, les faire réfléchir ensemble.

Le sujet de la transition écologique que nous traitons est complexe, il est donc aussi nécessaire de se nourrir de la diversité des visions et des expériences pour éviter de plonge dans des solutions trop simplistes ou partiales. Le fait d’avoir choisi des représentants issus des trois collèges -dirigeants, salariés, actionnaires- répond à la même logique.



Concrètement, comment cela se met-il en place lors des sessions de délibération ?

Nous nous sommes d’une part appuyés sur des outils d’appropriation des enjeux qui ont l’intelligence collective dans leur identité, je parle notamment de la Fresque du climat, de la biodiversité et de l’atelier Mission Biodiversité développé par ENGAGE.

Ensuite, nous avons conçu un parcours en 5 étapes, qui a débuté à Nantes par l’appropriation des connaissances nécessaires en matière de climat, de biodiversité et de transformation des modèles économiques et se clôturera à Montpellier par le choix des propositions des délégués. A chaque étape, nous concevons des ateliers qui répondent à un objectif précis. Les premiers ateliers avaient pour objectif de constituer le groupe, sa cohésion, la communauté, les suivants auront l’ambition de travailler plus profondément, plus techniquement sur l’émergence concrète des propositions. Notre responsabilité, avec l’équipe en charge du programme et de Benjamin Gratton, qui nous aide tout au long du processus, est de définir le bon format mais aussi la juste constitution des sous-groupes.

La dernière étape de la délibération, à l’Académie du Climat à Paris, s’appuiera aussi sur l’intelligence collective puisqu’il s’agira d’accorder les délégués et les partenaires du Grand Défi, sur le choix des propositions que nous porterons ensuite collectivement.



Quels enseignements en tirez-vous au regard des sessions passées, à Nantes et à Lille ?

Nous avons réussi, je crois, à créer un véritable groupe, uni, soudé. Il me semble également que le groupe des délégués porte aujourd’hui une même ambition, forte, et la volonté, réelle, de faire émerger des propositions à la mesure des enjeux.



Qu’en attendez-vous pour la suite de l’initiative ?

Nous serons à la moitié du processus après la session de Grenoble. C’est au cours des sessions 4 et 5 que nous mènerons un travail dense, exigeant sur l’écriture des propositions. Là encore, l’intelligence collective sera décisive. Les participants des différents groupes devront s’accorder, lâcher certaines « certitudes » et faire confiance à la capacité du groupe à écrire et choisir les propositions les plus pertinentes.

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