La révolution d'un monde soutenable

Dernière mise à jour : 1 juin



Entrepreneur français, Emery Jacquillat est le fondateur du groupe Matelsom et son président-directeur général depuis sa création, en 1995. Cette société familiale se spécialise dans l’équipement de la maison sur internet. Il rachète le site meubles.com en 2003 avant de reprendre et de relancer la Camif, une enseigne spécialisée dans l'équipement de la maison et de la personne, six ans plus tard. Dix ans après la reprise et le redressement, Camif devient une entreprise responsable sur le plan social comme environnemental. Il est aujourd'hui président de l’association des Entreprises à mission.


Qu’est-ce qu’une entreprise à mission ?

Une entreprise à mission est une entreprise qui met au coeur de son modèle une mission qui cherche à avoir un impact positif sur la société. L’entreprise définit donc une mission qui lui est propre et singulière, liée à son histoire, à sa culture, mais aussi à la vision qu’elle porte sur le monde. Face aux grands enjeux auxquels nous faisons face aujourd’hui, l’entreprise est certainement le levier de transformation de la société le plus puissant que nous ayons à disposition.


Comment vous est venu l’idée de la création de la communauté des Entreprises à mission que vous présidez aujourd'hui ?

Pour la CAMIF nous avons commencé le chemin de l’entreprise à mission en suivant les recommandations de l’école des Mines que nous avons trouvé incroyables pour aider les dirigeants à structurer leur modèle d’impact. En 2018, nous avons donc décidé avec quelques pionniers ayant expérimenté ce modèle et avec les chercheurs des Mines de créer l’association « La Communauté des Entreprises à Mission » qui aujourd’hui comporte environ 300 membres. Ce sont des dirigeants auxquels nous offrons un cadre de partage.

La loi PACTE a bien sûr été un accélérateur important pour cette communauté. Et plus encore, la crise de la Covid nous a prouvé que nous arrivions à la fin d’un modèle que nous devions faire évoluer.


Le statut d’entreprise à mission est spécifique à la France. Des mouvements similaires ont-ils lieu ailleurs en Europe ou dans le monde ?

Il y a eu des évolutions dans le droit des sociétés de plusieurs pays. À commencer par les États-Unis, avec dans certains États la Benefit Corporation ou la Social Purpose Corporation. La loi PACTE a toutefois été un cran plus loin et constitue une véritable innovation dans le droit au niveau mondial en permettant à une entreprise de se doter d’une raison d’être et de faire évoluer son objet social. Un double contrôle de la mission est effectué avec d’un côté la gouvernance créée par le Comité de mission qui évalue les ressources engagées et les résultats au regard des objectifs que s’est fixée l’entreprise. Mais également le contrôle par un OTI (organisme tier indépendant) qui est auditeur de la démarche. En France il y a aujourd’hui 245 sociétés à mission.

Cette dynamique nous souhaitons la diffuser partout en France mais également à l’échelle Européenne pour un capitalisme plus responsable.


Comment convaincre un dirigeant de devenir Entreprise à mission ?

En lui exposant les nombreux bénéfices. Tout d'abord, c'est un processus qui redonne du sens à l’entreprise car réfléchir ensemble à sa raison d’être est un excellent moyen de revigorer le projet de l’entreprise et d’engager ses collaborateurs.

Ensuite c’est un levier d’innovation puisque cela oblige l’organisation à revoir un certain nombre de pratiques et à faire des renoncements. Le premier de la Camif a été de boycotter le Black Friday en 2017 alors qu’il s’agissait du meilleur jour de e-commerce de l’année. Nous avons perdu un demi million de chiffre d’affaire ce jour-là.

Le dernier point est celui de la performance. Cela nous a pris plusieurs années mais aujourd’hui la Camif est la marque la plus reconnue dans son secteur sur son engagement responsable ce qui implique une performance économique.


Vous êtes signataire de La Tribune parue dans Les Échos, pourquoi soutenez-vous l'initiative du Grand Défi ?

Nous ne pouvons pas tout attendre de l’Etat. C’est l’entreprise qui change le monde et qui doit faire la révolution d’un monde soutenable. C’est ce à quoi Le Grand Défi contribue en offrant l'opportunité à 150 personnes tirées au sort de réfléchir ensemble à la façon dont l’entreprise peut contribuer d’avantage à la résolution des grands défis environnementaux.

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