Nous n'avons plus le temps des petits pas

Mis à jour : mai 6




Julie Pasquet est étudiante en double-diplôme à Sciences Po Toulouse et Toulouse Business School. Convaincue que l'engagement étudiant est un véritable levier pour faire bouger les lignes, elle est aussi militante engagée depuis 4 ans face à l'urgence climatique et sociale.

Pour favoriser la voix des étudiants autour de ces sujets et mobiliser leur capacité d'action Julie Pasquet milite dans plusieurs associations étudiantes. Elle est actuellement co-présidente du réseau Together For Earth, un réseau de 70 associations étudiantes partout en France qui se rassemblent localement pour agir en faveur de l’écologie et de la solidarité. Elle est aussi vice-présidente du REFEDD, un autre réseau étudiant qui a pour objectif que 100% des étudiant.e.s soient formé.e.s et engagé.e.s sur les questions environnementales et sociétales et que 100% des campus de France soient durables.


Comment avez-vous pris conscience de l’urgence environnementale ? Comment avez-vous décidé de vous engager ?


Ma prise de conscience s’est faite par étapes et je dis souvent que j’ai basculé grâce à des rencontres. J’ai eu la chance de tomber sur des personnes incroyables, riches d’expériences différentes et de vision du monde nouvelles qui m’ont ouvert les yeux sur la crise que nous vivons aujourd’hui. J’ai aussi eu la chance en master 1 de réaliser un « Tour de France des Solutions Alternatives », un tour de France à la rencontre d’acteurs et actrices du changement qui m’a profondément bouleversée. Je suis revenue de cette aventure en me disant que c’était grâce à la puissance du collectif et à l’incarnation de la posture de coopération que les choses pouvaient changer. Et enfin, j’ai aussi eu une véritable révélation du pouvoir citoyen, de la société civile lors des premières marches pour le climat en 2019 que j’ai eu la chance d’organiser à Toulouse.


De quels leviers d’action disposent les étudiant.e.s pour faire bouger les choses ?


De beaucoup ! Les étudiant.e.s ont un vrai pouvoir, une vraie force qui est essentielle pour construire un monde véritablement écologique, solidaire et égalitaire. Ils.elles ont la possibilité de s’engager sur leurs campus, de faire changer leurs cursus, leurs formations pour être formés sur les enjeux sociaux-environnementaux, de travailler en collaboration avec leurs directions pour demander des changements. Ils.elles peuvent aussi s’engager localement, les tissus associatifs étudiants sont vastes, riches et diversifiés dans beaucoup de villes de France ! Sans oublier les possibilités d’actions à échelle nationale ou même européenne ! Nous avons besoin de jeunes engagé.e.s à toutes les échelles. Cet engagement peut passer par pleins de formes différentes : la mobilisation, le plaidoyer, les actions de désobéissance civile, la création d’associations, la sensibilisation, l’engagement politique,… Il y a pleins de manières d’agir et c’est ça qui fait notre force !


Qu’attendez-vous des entreprises aujourd’hui face aux enjeux de climat et de biodiversité ?


J’attends plus qu’une prise de conscience. Le temps est à l’action, l’action forte, déterminée, véritablement radicale et prônant de vraies valeurs. Le temps est à la véritable écoute des scientifiques qui alertent et à la mise en œuvre concrète d’un nouveau modèle économique respectueux du vivant. Je demande un changement profond, une « bascule » des modes de pensée capitalistes. Quand on voit que certaines entreprises françaises ont une empreinte carbone supérieure à celle de la France on se dit qu’on va droit dans le mur. Ce changement de système doit se faire avec les entreprises par des transformations structurelles et par un questionnement de nos modèles économiques traditionnels. C’est le rôle des entreprises et de leur dirigeant.e.s de prendre le tournant, de réfléchir à leur raison d’être et l’impact qu’ils.elles veulent avoir sur le monde. On n’a plus le temps des petits pas.


Pourquoi avez-vous accepté de rejoindre le comité éthique et scientifique de la Convention 21 ?


Je suis ravie de voir que l’équipe de la Convention 21 réfléchit énormément aux questions de gouvernance et de représentativité de ses organes de fonctionnement. J’ai accepté parce que je suis persuadée que les jeunes ont des messages à faire passer, qu’ils.elles ont des opinions à défendre et qu’ils.elles sont capables de participer à ce genre de processus démocratique innovant. Je ne prétends pas représenter la diversité de la jeunesse et je me suis plutôt très privilégiée aujourd’hui mais je suis heureuse qu’une porte soit ouverte pour les jeunes dans toutes les instances de la Convention 21, c’est une vraie avancée !


Pour vous, la Convention 21 sera une réussite si….


Si les mesures qui ressortiront de ce processus sont écoutées, analysées voire reprises par la sphère politique. L’année 2022 est cruciale avec les prochaines élections présidentielles et législatives, le monde politique doit s’inspirer de ce genre de processus démocratique innovant comme la Convention 21 pour construire leur programme et incarner le changement. Nous devons être une force unifiée faisant pression sur nos représentant.e.s politique afin qu’une transformation advienne vraiment et rapidement.

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